Les fonctions magico-religieuses des armes courbes des Daces


Cătălin BORANGIC (Posibile semnificaţii magico-religioase ale utilizării armelor curbe în lumea dacică, în Acta Musei Sabesiensis. Terra Sebus, II, 2010, p. 93-104 )

Si l’on veut observer le rôle joué par les armes courbes dans les pratiques religieuses des communautés daces, il est convenable de commencer par une brève enquête sur le modèle originaire de ces armes, et notamment sur leurs implications psycho-sociales. La toute première relation que l’on peut deviner entre ces armes et la spiritualité se perd dans la nuit des temps. Certes, si la démarche même ne soit pas ambigüe, on peut la chercher peu avant que les armes mêmes deviennent des armes. Simples instruments dont l’homme des temps préhistoriques s’est servi lors de ses activités quotidiennes, les armes conservaient une dualité durable, qui ne se modifia qu’après l’individualisation d’une fonction militaire. Parmi les armes dont s’équipait un guerrier quelconque au temps où les vertus les plus appréciées étaient les vertus guerrières, les composantes fondamentales de son arsenal (le couteau, le poignard, plus tard l’épée ou la rapière) étaient souvent les symboles d’un pouvoir royal et/ou sacerdotal. Ceci dit, elles étaient des marques d’autorité. Puis, elles étaient également des biens précieux, des trophées appréciés et recherchés ; et elles envahirent les espaces sacrés, dans les représentations figurées, mais aussi par leur présence physique même, car elles répondaient aux demandes des rites sacrificiels, ésotériques ou funéraires, et elles y remplaçaient l’instrumentaire domestique.

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Le mental collectif de la société guerrière des Daces était prône à l’héroïsme. On n’y oubliait jamais la fonction sacrée que l’on attribuait aux armes. Pour des raisons évidentes, ces témoignages religieux quotidiens sont cependant difficiles à saisir. D’autres manifestations, qui mettaient l’armement en des contextes funéraires, restent pourtant mieux représentées. Les armes n’abondent dans les sources historiques non plus, mais on y observe le degré dans lequel elles jouaient un rôle dans les manifestations du culte. Peu importe s’il s’agit de la vie religieuse à proprement parler ou des significations occultes, la présence des armes exprimait la forme la plus intense et la plus expressive du culte : le sacrifice sanglant, c’est-à-dire le sacrifice humain, consenti ou forcé, dans toute ses formes. Elle lui était imposée. Dans un tél scénario, les armes courbes (couteaux ou poignards) étaient liées au contexte sacrificiel par des raisons d’ordre pratique : elles percent ou elles tranchent. Quant à leur forme singulière, elle est restée imprimée dans la mémoire collective.

La reconstitution hypothétique du parcours historique des armes courbes ne nous montre pas une vraie évolution, mais plutôt une succession de témoins : des modèles inspirées par la nature, connus des temps immémoriaux, on arrive à la faux, un symbole de la Mort. La faucille, source primaire d’inspiration des armes courbes, que l’on associe aux mythes primordiaux, mais aussi au changement et au renouvellement, devient graduellement un symbole de la Mort, sous une forme plus efficace, celle de la faux. Elle conserve la même signification aujourd’hui. Sur un plan symbolique on peut dire qu’elle provoque la mort des plantes, ce qui lui confère un statut privilégié dans l’instrumentaire sacrificiel, car elle se transforme ainsi en un instrument de sacrifice nécessaire et répétitif. Elle fut une arme primordiale. Sa première utilité a été l’offrande, d’abord agricole, puis – grâce à un transfert – sacrificatoire, dans les sacrifices sanglants. Telle une arme sacrée d’un Dieu, elle ne tue pas, malgré son utilité évidente. Elle fait renaître le sacrifié. Le dernier ressemble aux terres fauchées de leur blé, qui attendent les semences des nouvelles graines.

La présence des armes courbes dans les rites funéraires témoigne également de son importance pour le mental collectif ; le pliage rituel indique un changement de statut du mort, qui change non seulement de résidence, mais de « milieu social » aussi. Quant il meurt, il quitte la famille et devient un membre de la communauté des morts, ce qui n’est possible qu’après l’accomplissement des rituels dont fait partie la déposition des armes, voire leur pliage. L’endommagement volontaire des armes peut signifier la fin de leur utilité. On déclare ainsi que le mort et ses armes ne sont plus utiles ; ils réintègrent une nouvelle dimension cosmique, gouvernée par d’autres règles. L’incinération du mort et de l’inventaire de sa tombe témoigne d’une autre coutume des Daces : c’est la purification par le feu qui accompagne leurs croyances et des leurs mentalités concernant « l’autre monde » et le pont entre les deux mondes.

D’un point de vue idéologique, les élites guerrières des Thraco-Daces préféraient les armes courbes, qu’elles associaient invariablement à la Mort. Si l’on en croit au caractère impulsif de ces guerriers, que l’historiographie a généralisé, les Daces ont laissé une empreinte toujours violente et menaçante dans l’imaginaire ethnique du monde antique.

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L’évolution de la religion des Thraces septentrionaux dans la première moitié du ier siècle av. J.-Chr. est liée à l’existence même de ces deux élites, l’une aristocrate et l’autre militaire. Les représentants de ces élites se servaient d’armes courbes : de poignards ou de grands sabres. Et les vertus guerrières des deux catégories d’armes se sont révélé tout à travers l’histoire des Daces, notamment lors des deux guerres daco-romaines. Quant on se souvient de l’immortalité sur laquelle se fondait la religion zalmoxienne, on se rend partiellement compte de l’importance que les armes courbes ont occupé dans la configuration d’un modèle ethnique qui a laissé une empreinte forte non seulement sur les Daces, mais également sur leurs héritiers.

Traduction réalisée par: Prof. Gabriela Nandrean ; Prof. Ana – Maria Samson

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